25 avr. 2017

D'entre les ogres de Gilles Baum et Thierry Dedieu. Seuil, 2017

Il y a cet oeil noir et cerné qui nous fixe dés la couverture. Puis notre regard s'accroche sur le teint blafard, sur cette petite main inquiétante qui tient un couteau bien plus grand qu'elle et sur ce gateau qui cache une partie de ce visage qui à la fois nous interpelle et nous met mal à l'aise.
Alors on découvre les premieres pages de cet album.
Identique a celui de la couverture, le trait reste ténébreux, sec, appuyé et laisse présager une histoire sombre. 
Et pourtant... Et pourtant non, c'est l'histoire du bonheur d'une adoption attendue par un couple d'ogres. Blanche, cette petite fille abandonnée dans la forêt, est la plus heureuse et la plus gâtée des enfants enveloppée de l'affection et l'attention de ses parents.
Mais derrière ce bonheur se cache la difficile réalité de cet adoptants imparfaits et l'animosité envers une famille stigmatisée.

Les illustrations, le texte, ... tout se complète et agit sur le lecteur comme un révélateur affirmant que les différences n'y font rien, que les blessures peuvent être très douloureuses mais que l'amour est plus fort que tout.

Thierry Dedieu et Gilles Baum signent un album surprenant qui , sous son apparente brutalité, s'illumine d'une beauté inattendue.

Alice, bousculée...

23 avr. 2017

Appuyez sur étoile de Sabrina Bensalah. Sarbacane, 2017

Il se dégage des romans de la collection Exprim' une singularité et une générosité que j'ai toujours plaisir à retrouver.
Singularité de la thématique, générosité des personnages, ... Sabrina Bensalah tape juste.

Elle nous parle d'Avril, cette jeune ado de 19 ans, coiffeuse à domicile, dont le rêve est de remporter un concours de coiffure. 
Mais a elle seule, Avril serait presque banale, toute son humanité, elle l'a met à profit de ceux qui l'entourent : ses petites mamies qu'elle prend plaisir à shampouiner et à mettre en beauté, son ami Tarik qui rêve d'ouvrir le premier kebab étoilé et dont Avril est la première cliente à goûter les nouvelles recettes, son père qu'elle bouscule gentiment pour l'aider à sortir la tête hors de l'eau après le départ de son épouse et surtout sa grand-mère, Mémé, ancienne hôtesse dans un bar à champagne qui vient d'apprendre qu'elle ne s'était pas complètement débarrassée de sa tumeur au cerveau et que ses jours sont comptés.
Avril n'a alors plus qu'un seul but : d'un petit coup de baguette magique, accompagner Mémé dans ses derniers jours et lui offrir un au revoir à la hauteur de ses rêves.

Voilà, parce que chaque jour est fait de peine mais aussi de joie, la vie d'Avril c'est la vie comme elle va ; avec ses douleurs et ses bonheurs, ses émotions et ses déséquilibres, ses preuves d'amour et ses désillusions , ses rêves et son inévitable fatalité.

Mince Avril, que vas-tu devenir maintenant que Mémé n'est plus là ? Et Tarik ? Et le nouveau traversin de papa ? Vous me manquez déjà ... Avec vous, je me sentais au milieu d'une belle famille bienveillante et rassurante ... prête à décrocher les étoiles...

Alice, illuminée...




21 avr. 2017

La nébuleuse Alma de Luc Blanvillain. EDL, 2016

Au centre de cette fiction, Alma flotte, vaporeuse et parfois confuse, en essayant de se démêler d'un quotidien déroutant.

Elle tourbillonne dans les bras de Robin.
Elle se questionne sur l'éloignement souhaité de sa meilleure amie. 
Elle ne se trouble presque plus de la bulle d'amour dans laquelle se lovent ses parents.
Elle s'étonne devant la proximité de son prof de français.
Elle se laisse aller à la confidence devant les questions et la logique imparable de son petit frère, Octave.
Elle apprend  l'entraide et la solidarité.

Elle, d'ordinaire si banale, sent bien qu'il y a quelque chose qui cloche. Nous même, en tant que lecteur, au milieu de tout ce petit monde, on se laisse aller à divers soupçons, sans découvrir réellement la révélation finale (enfin, moi en tout cas, ...).


La plume de Luc Blanvillain est toujours ponctuée de cette touche légère qui rend la lecture plaisante. L'auteur a aussi cette capacité à nous présenter des personnages singuliers très attachants ; un coup de coeur particulier pour Octave adorablement inventif !
Mais malgré tout, cette lecture me laisse dubitative. Bien trop de thèmes se mélangent et surtout, tellement de situations me paraissent invraisemblables. 

Une lecture finie avec le sentiment de l'avoir survolée, tant je n'ai pas réussi à m'y plonger.

Alice, perplexe...


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ma copinaute Pepita

6 avr. 2017

Prends garde à toi de Fanny Chiarello. EDL, 2013

Je crois avoir bien compris le souhait de l'auteur de nous proposer une lecture au second degré... mais manque de bol, je n'y suis pas arrivée. 

Louise, l'héroïne, m'a exaspéré du début à la fin.. Son attitude de petite peste pourrie gâtée, son égoïsme, ses certitudes, ses jeux de manipulatrice, son comportement prétentieux, son arrivisme, sa jalousie .... beaucoup trop pour moi.
Bien sûr, Fanny Chiarello fait évoluer le personnage, le pose face à son ego surdimentionné, le met face à son double beaucoup plus sage  et réconcilie tout son petit monde à la fin, mais tout cela me laisse bien perplexe.
Certes des questions sont posées  (la place de la culture dans l'éducation  par exemple ) mais finalement je n'ai trouvé que peu d'enjeu au coeur de ce roman à part l'expression de la jalousie d'une ado et, de manière sous-jacente, une réflexion sur la concurrence entre jeunes.

Pourtant, sur la forme, on ne peut rien reprocher à l'auteur qui manie la langue et l'écriture stylistique de manière impeccable, mais cela n'a pas suffit pour me captiver.

Alice, agacée ...

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4 avr. 2017

Coeur de bois d'Henri Meunier et Régis Lejonc. Editions Notari, 2016.

Dans cette ambiance hivernale un peu floutée, il y a Aurore, cette jeune femme élégante qui  mène sa vie entre plaisir et assurance. 
Aurore qui s'enfonce doucement et habituellement dans cette forêt mystérieuse à la fois préoccupante et captivante. 
Vers où nous mène-t-elle ? Nous ne le savons pas vraiment...

Alors, on prend le temps d'apprécier la qualité du texte, de savourer les détails descriptifs, de s'installer dans cette atmosphère mystérieuse... et quasiment au milieu du livre, au détour d'une page, sans prévenir, les auteurs nous retournent littéralement. 

Bien plus qu'une surprise, le lecteur se trouve abasourdi par la révélation.

Et sans trop vous en dire, parce qu'il ne le faut pas ... je vous confierai simplement que c'est une belle variation autour d'un conte classique, un magnifique texte sur la résilience, une oeuvre littéraire à la fois magique et exceptionnelle.

Un véritable cri du coeur, un véritable coup de coeur.


Alice, fascinée...

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de ma copinaute Pépita

2 avr. 2017

La cérémonie d'hiver d'Elise Fontenaille. Le Rouergue, 2010

Eden est une écorchée vive qui s'embarrasse de peu de choses. 
Seule, avec son aigle Sky, elle n'a qu'un seul but dans la vie : venger la mort de sa grand-mère.
Alors,comme les flèches symboles de ses origines indiennes, elle vise juste, elle fuse et elle touche.
Elle avance, efficace et percutante, pour évacuer sa colère et son sentiment d'injustice.
Mais elle n'est pas seulement un bras vengeur, elle est aussi l'incarnation de la reconnaissance de son peuple et alors forcément, même si elle va trop loin, le lecteur la suit dans sa quête sans aucun jugement.

Et quand la fin tombe, surprenante, poétique et abrupte, on se rend compte alors que l'on s'est attaché à Eden sans vraiment s'en rendre compte. 

En s'appuyant sur un fait divers réel, Elise Fontenaille arrive à nous embarquer dans une fiction puissante, un véritable hymne à la liberté, admirablement bien servi par son écriture épurée et incisive.


Alice, touchée au coeur...



28 mars 2017

Lenny et Lucy de Philip C. et Erin E. Stead.Kaléidoscope, 215.

C'est un peu angoissant un déménagement.. 
On emprunte une route inconnue, on traverse des forêts, on se retrouve dans une maison pas toujours accueillante et on se sent un peu perdu dans un environnement peu tranquillisant.
En compagnie de son chien Harold, Peter regarde par la fenêtre et cherche comment se rassurer. Quelques couvertures et coussins entassés plus tard, le gardien de la maison prend vie. Il s'appellera Lenny et, dans le jardin, face au pont, il surveillera jour et nuit que la sombre forêt reste bien à sa place.
C'est sécurisant de se sentir protégé, Peter pourra désormais dormir sereinement. 

Sur un fil fragile entre réalité et imaginaire, un album tout en finesse pour aborder une angoisse enfantine.
Le travail sur les illustrations est vraiment remarquable. Crayonnées dans des nuances de gris, elles offrent une force visuelle très intéressante.  On y trouve ce vide évocateur, ces détails chargés d'émotion, ces pointes de couleur familières et cette lumière réconfortante. 

Complétées par un texte rare,  elles nous offrent au final un album discret, précieux, lent... tout en sobriété et en finesse. 

Alice, presque intimidée, ...


14 mars 2017

Le pire anniversaire de ma vie de Benjamin Chaud. Hélium, 2016

Recevoir une invitation d'anniversaire, c'est toute une excitation ! Surtout quand il s'agit de l'anniversaire de la jolie-Julie ! Alors, on fait des efforts pour trouver la bonne idée cadeau, on soigne l'empaquetage et on choisit son plus beau déguisement. 
Mais arrivé chez Julie, rien ne se passe comme prévu : d'autres invités sont là, l'anniversaire n'est pas déguisé, il ya beaucoup trop de scotch sur le paquet et tout se colle dans les cheveux de la jolie-Julie.
Que la vie est dure ! Il ne reste plus à notre petit bonhomme qu'à cacher son cadeau trop collant sous les coussins et à se réfugier tout en haut de l'arbre au milieu du jardin.
De longue attente en bouderie, la petite consolation se fera attendre... mais finira par arriver !

Les illustrations de Benjamin Chaud fourmillent de détails et de fantaisie. 
La tristesse et les gaffes de notre petit héros le rendent d'autant plus attendrissant.
Et l'histoire rappelle forcément  ces situations ridicules que chacun de nous peut avoir vécu.
Mais l'amour, que voulez-vous, cela fait perdre la tête !

Finalement, il était plutôt bien cet anniversaire !

Alice, tout en tendresse...


Retrouvez l'avis de 
ma copinaute Pépita




12 mars 2017

Station sous-paradis de Jean-Luc Luciani. Le Muscadier, 2016

En plein mois de juillet, c'est un peu l'ennui pour les jumeaux Max et Eddy mais ils sont prêts à tout pour suivre Miranda qui leur propose toujours des aventures palpitantes (rentrer dans un cimetière et s'allonger sur des tombes, par exemple).
Pas loin d'eux, on fait connaissance de Gorki, qui vient de racheter une station essence et qui attend que les jours passent en compagnie de Gus, un prof dépressif.

Ce qui va réunir tout ce petit monde ? Une révolte écologique : le refus de voir une forêt d'arbres partir en sciure pour voir s'implanter à la place un golf de 25 hectares.
A sa manière, chacun d'eux va alors participer à ce combat local et trouver du sens à cette action pour lutter contre l'incertitude de l'avenir.

Une fiction qui n'est pas s'en faire écho à l'actualité : on entre dans le livre avec une dédicace à Rémi Fraisse et l'ombre de Notre Dame des landes n'est jamais bien loin.
Un roman engagé, comme tous ceux de la collection "Rester vivant" des editions du Muscadier, mais qui reste  très adroit pour que chacun se forge son propre avis. 

Alice, un autre regard...

9 mars 2017

Samedi 14 novembre de Vincent Villeminot. Sarbacane, 2016

B. est un inconnu pour nous et pourtant il est très vite comme nous : un gamin blessé par la douleur, la rancoeur et la colère le lendemain de la fusillade qui a emporté plus de 130 personnes.

B. est un gamin paumé qui dans cet acte barbare a surtout perdu son frère.

Sans vraiment réaliser, il quitte l'hôpital, il erre et  il croise un des tueurs dans une rame de métro. 
Sans vraiment savoir pourquoi, il le suit, le piste et arrive à se faufiler dans l'appartement où le tueur avait choisi de se réfugier.
Sans vraiment arriver à se maîtriser, B. séquestre le tueur et sa soeur en faisant preuve d'une violence physique et psychologique incontrôlable. 

Le huis clos est éprouvant, parfois hasardeux, mais surtout instinctif sans cesser de questionner le lecteur.
L'issue sera-t-elle excessive ? Impossible ? Fatale ?

On sent dans l'écriture de Vincent Villeminot, le besoin immédiat de libérer des mots pour comprendre et vaincre la peur. Et par un coup de maître, sans transigeance, il arrive à réconcilier l'impossible après un acte d'une barbarie innommable.

Entre violence et confession, il nous offre ici tout l'espoir d'une société rudement fragilisée.

Alice, qui a envie d'un peu d'humanité ...

Retrouvez l'avis de mon ado